Thierry RĂ©gnier Sophrologue - Essonne et Paris

Ludovica est une petite fille de 6 ans, elle est très dynamique et expansive, elle porte un jean avec un pull rouge, son visage est joyeux et expressif. D’épaisses lunettes entourent ses jolis yeux noisettes et ses cheveux sont retenus par un élastique. Ludovica ne tient pas en place ! A peine rentrée, elle va poser son manteau sur la chaise, pose plein de questions sans écouter les réponses et se précipite sur les feutres qu’elle a repéré sur la table pour dessiner avec des gestes qu’elle a visiblement du mal à contrôler. Elle est accompagnée de sa maman, Amélie qui m’explique que sa fille a du mal à rester assise et attentive pendant les cours. Ludovica plongée dans son oeuvre semble impassible à nos échanges, mais ne vous y méprenez pas, elle suit la conversation très attentivement.

“Ma fille gigote beaucoup en classe, la maîtresse lui reproche de bavarder et elle est souvent punie.” Ludovica prend la parole :

“ La maîtresse me met au fond de la classe car je parle et moi je veux pas être devant car j’ai peur que les autres se moquent de moi…” nous confit-elle sans lever les yeux de sa feuille.

Curieux, je m’approche du dessin de Ludovica et lui demande de m’expliquer ce qu’elle est en train de dessiner.

“C’est le salon, avec la télé et je joue à la console, je me promène dans le paysage et je cherche des Pokémons.” L’écran a cette grande faculté à retenir l’attention des personnes qui sans elle manque d’attention et partent dans tous les sens. Je continue de faire connaissance avec Ludovica qui me fait découvrir son monde. J’alterne notre conversation avec l’avis de sa maman qui me raconte l’histoire de sa fille. Ludovica est une petite fille adoptée avec son petit frère. L’adoption s’est déroulée dans des conditions idéales et la rencontre entre les parents adoptifs et les enfants s’est faite progressivement. Ludovica ne s’exprime pas spécialement sur ce moment ni même sur son pays. Elle parle le Russe et Français !

“Je pense que ma fille a un problème de concentration et vous allez voir elle est très possessive.” En effet, Ludovica va me demander si elle peut garder les feutres ou bien les petits accessoires qu’elle découvre lors des petites pratiques ludiques que nous réalisons en cabinet. Elle a particulièrement adoré un objet en plastique très souple en forme de balle et de tiges qui donnent l’impression d’être un oursin jaune qui chatouille. J’utilise cette petite balle pour inviter l’enfant à la poser sur une partie du corps qu’il nomme lorsque qu’il ressent l’objet et la zone du corps qui entre en contact. L’enfant porte ainsi progressivement un peu plus d’attention à son corps physique qu’à ce qui lui passe par la tête. Nous apprenons également à respirer “comme dans une paille” et avec le ventre “rond comme un ballon”! Découvrir les limites de son corps nous aide même à nous adultes, à contenir notre mental, à avoir conscience que notre corps est bien présent ce qui lorsqu’on le nie, est à l’origine de nombreux troubles comportementaux, symptômes physiques et dysfonctionnements corporels.

Au cours des séances suivantes, nous faisons un point sur les pratiques vues précédemment et nous en découvrons de nouvelles. Travailler avec les enfants demande de la patience et beaucoup d’adaptation, car si vous voulez leur confiance, il faut les laisser choisir ce qu’ils souhaitent faire, du moins les premières séances. Elle se prête volontiers à des petits exercices dynamiques comme lever le bras droit en inspirant par le nez et le baisser en expirant par la bouche. Mouvement synchronisé qu’elle réalisera avec tout le corps. Ludovica n’aime pas les histoires pour se relaxer, normal, son langage dominant est celui du corps au travers des actions. Quel ennui de rester allongé quand on exclame haut et fort : “Les histoires c’est pour les enfants!”. Je décide alors d’orienter les prochaines séances principalement sur l’interprétation des dessins qu’elle réalise à toute vitesse.

En plus d’être Sophrologue et Relaxologue, j’ai moi-même suivi une thérapie centrée sur l’enfant intérieur dont je suis actuellement une formation pour l’exercer en cabinet. Le concept de l’enfant intérieur est récent. Emmanuel Ballet et Marie France de Coqueraumont en sont les spécialistes français depuis 30 ans. Leur méthode Coeur d’Enfant nous invite nous adultes à nous reconnecter avec notre être véritable, c’est à dire l’enfant en soi. Plus qu’une image, c’est un ressenti, quelque chose qui détient la vérité sur qui nous sommes vraiment et ce dont nous avons besoins. La plupart des adultes ont dû enfants s’adapter aux désirs et aux besoins de leurs parents afin de répondre à un modèle éducationnel dont eux-mêmes ont hérité de leurs propres parents… Cela vous parle ? Et pour cause, toute maladie non infectieuse ou trouble fonctionnel exprime un besoin qui n’a pas été satisfait à différentes tranches de notre vie d’enfant jusqu’à nos 20 ans. Les thérapeutes ont développé leurs propres outils pour favoriser la reconnexion à l’enfant intérieur. Parmi eux leur superbe jeu de carte “l’Oracle de l’Enfant intérieur”. Je demande alors à Ludovica pour la séance d’aujourd’hui, de piocher une carte avec sa main gauche, en voici l’illustration qui s’est présentée à elle…


L’Oracle de l’Enfant Intérieur © Méthode Coeur d’Enfant

Besoin d’être entendu…

La carte piochée est toujours la bonne, et visiblement Ludovica n’est pas entendu. Je lui demande alors de dessiner ce que peut bien dire ce petit garçon à l’oreille de l’adulte. Spontanément elle va dessiner un grand garçon qui semble fâché envers un petit, il s’agira de deux frères et d’une scène à laquelle elle a assisté à plusieurs reprises. Je demande toujours à l’enfant ce qu’il ressent en voyant son dessin “J’ai peur !”, “Il a pris ça!”, parfois les mots exprimés ne sont pas en lien avec le ressenti. L’art de la dialectique est de contourner une sensation désagréable, une vérité pour la révéler au rythme de l’enfant, sans induction ni précipitation. Chaque enfant, comme chaque personne a son rythme à respecter. Ensuite je lui demande ce qu’elle pense de la scène, elle émet alors son avis ce qui la valorise et la responsabilise, puis je soulève parfois quelques incohérences entre ce qu’elle peut reprocher aux autres et qu’elle n’applique pas pour elle. Faire ce que l’on dit ou dire ce que l’on fait augmente la confiance en soi.

Ludovica poursuit sur un autre dessin et la silhouette d’un autre personnage pas franchement commode prend forme. Les mains sont pointues, le visage menaçant mais difficile à exprimer. Je montre alors une planche qui illustres plusieurs émotions et Ludovica entoure le visage de ce garçon qui exprime de la colère, elle y indiquera même son prénom, les personnages se révèlent. Elle entoure un visage triste la concernant et un visage joyeux pour un petit camarade avec qui elle aime jouer. En déroulant le fil de l’histoire, il apparaît que Ludovica est le bouc émissaire de ce petit garçon a qui l’on n’a pas appris à gérer sa frustration qui suit un échec : “Il a perdu la balle!”, “Il me tape…”. Je demande alors à Ludovica où elle est placée dans la classe :

“Au fond!”

“Ah oui ? Mais pourquoi tu es au fond?”

“La maîtresse dit que je bavarde trop.”

“Mais que veux tu dire à la maîtresse ?”

“Ben que je veux aller aux toilettes!”

Je ne vous retranscris pas l’ensemble de la conversation, car la forme importe peu la plupart du temps. Nous avons tous nos petits protégés et nos vilains petits canards et connaissant un peu l’histoire de Ludovica, l’évidence saute aux yeux ! Dans un précédent dessin, Ludovica avait dessiné la maîtresse comme une sorcière avec une croix à la place de la bouche pour signaler une bouche fermée, qui n’a pas le droit de s’exprimer. Le signe physique révèle probablement l’histoire de cette dame a qui l’on n’a pas permis de s’exprimer : elle a été oralement castrée, c’est une véritable violence psychique et émotionnelle. La violence n’ayant pas été restituée au véritable destinataire, la transmission se poursuit tout naturellement et le bourreau va trouver sa victime… Les victimes ont souvent un air un peu abattu et les épaules introverties, elles manquent de confiance en elle et de fierté. Ludovica était devenu le bouc émissaire de sa maîtresse par un jeu inconscient dont les signaux sont entre autre envoyés par l’attitude de chacune.

Chaque être humain a besoin d’exprimer ce qu’il ressent. Castrée, non entendue, toute personne refoule un mal être profond qui en surface peut se traduire par un trouble du comportement, un symptôme physique voire une maladie grave selon la personnalité, le passif et la direction prise (de ne rien dire par exemple, jouer avec les apparences). La maman ayant été informée de mes interprétations, je l’ai invitée à se réunir avec les professionnels de l’établissement scolaire. Il ne s’agit pas de condamner son camarade colérique ou la maîtresse qui tous deux ont leur histoire, mais d’être ferme et d’affirmer sa position grâce à une saine confrontation ou chacun, surtout la victime, pourra exprimer son ressenti et son besoin. Ludovica de son côté doit prendre conscience de sa part de responsabilité dans les événements de son quotidien afin qu’elle puisse faire respecter sa dignité et vivre plus sereine au fil des expériences de vie.

Un apprentissage de la communication inter-personnelle basée sur l’écoute et l’empathie nous invite à trouver notre juste place au sein d’un système qu’il soit familial, scolaire ou professionnel.

Je suis sophrologue et relaxologue diplômé d’État. Je reçois dans mes cabinets à Igny, Paris 15 ou Issy-les-Moulineaux. J’interviens à domicile et en entreprise. N’hésitez pas à me contacter par e-mail ou bien à prendre directement rendez-vous sur le site Doctolib.fr

À très bientôt et merci à Ludovica pour son beau dessin, vous ne me reconnaissez pas ? 🙂

Thierry RĂ©gnier

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